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du MAHN

BIG IS BEAUTIFUL

Douze ans d'acquitisions de grands formats
au département des arts plastiques

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Une exposition du Musée d'art et d'histoire de la Ville de Neuchâtel, du 27 octobre 2002 au 15 janvier 2003. Vernissage : samedi 26 octobre à 17 heures.
Ouvert de mardi à dimanche de 10h à 18h
Mercredi entrée libre
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Qu'on me pardonne, pour commencer, ce titre vulgaire, plat et ronflant. Mais je l'avoue sans détour : je l'ai fait exprès. En effet, il ne se trouve presque plus de jour où je ne reçois de carton de vernissage d'un musée suisse véhiculant ce qui est en passe de devenir notre " nouvelle langue nationale " qui fait si branché ! Et je ne parle que de l'été 2002 : Another World , Painting on the move , House of fiction , Wallflowers , Audible silence ou encore In a silent way , Art is the better life et Recycling , Inside the sixties , Stuff it , Forty part motet , Crossing, , Naked came the stranger , Inbetween , Fat es fat et j'en passe. Même le Musée national s'y met avec Remember Swissair et le Centre d'art contemporain FriArt à Fribourg considère que Small is OK, réactualisant ainsi la fameuse formule Small is beautiful qui a servi de point de départ à notre plaisanterie un peu narquoise. Avec tout ça, on aurait envie de fabriquer un cours d'anglais pour amateurs d'art ! Compte tenu du fait que cette énumération passe en revue des titres d'expositions de tous les musées d'art " qui comptent " dans notre beau pays, ou presque, le lecteur attentif comprendra aisément que le Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel se devait d'être de la partie : ces titres " nouvelle manière ", c'est… grand !


***


Jubilation de la grandeur. Je repense avec plaisir à certains dimanches après-midis pluvieux de fin novembre dans les années 80, lorsque je cherchais désespérément une occupation distrayante à ma fille Sarah qui devait avoir trois ou quatre ans. Vivant à l'époque à Fribourg, je la conduisais alors dans le bâtiment central de l'Université Miséricorde, où je la laissais courir dans les espaces immenses et protégés du grand hall. Je l'entends encore crier de joie et écouter l'écho de ses cris stridents dans cet immense vaisseau de béton. Je la revois lever ses petits bras, les tendre vers le majestueux espace de ce lieu généreux et traverser, encore et encore, le beau pavement de part en part, passant des sublimes ferronneries modernes, ornant les baies vitrées, à l'escalier d'honneur de l'autre côté du hall : jubilation de la place, de l'espace, de la grandeur.

Ces choses ne vont pas de soi dans un pays aussi étriqué que la Suisse. Chez nous, tout est petit. Les espaces publics sont occupés jusqu'à la dernière parcelle, la place manque partout, le horror vacui de l'efficacité helvétique opère depuis toujours. On occupe le terrain. Or, le grand format, dans la création artistique, revêt une signification particulière, dans l'art d'aujourd'hui comme dans celui d'hier. En effet, c'est souvent en grand format que les artistes réalisent les œuvres les plus représentatives et les plus durables car ce sont aussi les créations les plus difficiles à réaliser. Nous croyons à cette caractéristique, même si, à l'heure actuelle, l'éphémère, le jetable sont à la mode. Les temps changent. Et ils changeront encore.

Je fus ému lorsque la Ville de Neuchâtel me confia le département des arts plastiques de son musée majestueux, en septembre 1989. J'étais enchanté par les grandes salles d'exposition du premier étage avec leur belle lumière. Les grands bourgeois de cette ville cossue avaient vu grand, un siècle plus tôt. Mes premiers contacts avec la collection de peinture me montrèrent par la suite que les peintres, de ce qu'il est aujourd'hui légitime d'appeler l'Ecole neuchâteloise, placée sous l'influence de Léopold Robert et de Maximilien de Meuron, avaient fait les choses en grand à leur tour. Le nombre de très grands formats dans la partie ancienne de notre collection de peinture est étonnant. Et ils avaient offert un grand nombre de ces tableaux monumentaux à notre collection, avant même qu'existe le grand bâtiment du musée actuel. Sous le titre " La collection, enfin ! " nous avons montré un nombre important de ces grands formats dans un accrochage thématique, à l'italienne, de 1995 à 2000. Nous nous ferons d'ailleurs le plaisir d'en montrer à nouveau un certain nombre sous peu. Pour ce qui est de la politique d'acquisition, j'étais donc tenté, dès mon arrivée à Neuchâtel, de poursuivre cette tradition. Et plusieurs donateurs allaient m'aider de manière généreuse et régulière.

Le rêve du peintre fut une première occasion : cette manifestation vit quatre artistes neuchâtelois, Carlo Baratelli, Jean-Michel Jaquet, Marieke Kern et Armande Oswald , investir les quatre grandes salles de l'étage pour en décorer les anciennes toiles tendues avant la réfection de ces salles (plus de 1000 m2 de surface !). Ce fut une magnifique aventure et nous avons pris soin, en archéologues de la modernité, de conserver par la suite ces œuvres monumentales sous les nouvelles cimaises. Parallèlement, l'achat d'une grande peinture de Jean-Bloé Niestlé appartenant encore à l'une de ses filles, Colette Niestlé, établie à Berlin, allait déclencher un legs important de sa part quelques années plus tard. Ces deux actions, conjuguant l'ancien et le moderne, allaient devenir le fil rouge de nos acquisitions.

Les premières années m'ont permis de mettre en place la méthode de travail et les grands axes de notre politique : C'est la volonté affirmée de continuer à construire la collection des arts plastiques de notre musée. Nous allions acquérir - par achat ou par don - des œuvres (de grand format ou non) dans nos propres expositions. Ainsi, nous mettrions en évidence notre conviction que ces expositions, organisées avec un effort scientifique considérable, une publication adéquate (et donc à grands frais), devaient laisser des traces dans la collection. Aujourd'hui, je constate avec plaisir que la majeure partie de ces expositions, individuelles ou collectives, ont permis d'acquérir des grands formats des artistes suivants: André Evrard et Catherine Warmoes (1990), Primula Bosshard et les témoins du Rêve du peintre (1991), Cesare Lucchini, Jean-Michel Jaquet et Ugo Crivelli (1992), Ueli Berger et Marc Jurt (1993), Gianfredo Camesi, Henri Presset et Joël Desbouiges (1994), Christophe Draeger et Hervé Graumann (1995), René Fendt et André Siron (1996), Barbara Ellmerer et Francine Simonin (1997), Daniel Göttin et Gustave Jeanneret (1998), Catherine Aeschlimann, Dominique Lévy et Maurice Frey (1999), Philippe Grosbéty, Hanns Schimansky et Bernhard Luginbühl (2000), Elisabeth Masé et David Ambrosius Huber (2001), Grégoire Müller, Alain Clément et Michael von Graffenried (2002).

Diverses mais moins nombreuses étaient les acquisitions dans d'autres expositions, de notre région ou d'ailleurs : Hans Witschi (1990), Carole Bellenot, Christiane Dubois et Jean Zuber (1991), Aurélie Nemours et Christiane Wyler (1994), Michel Gentil (1996), Olivier Estoppey et Alex Rabus (1997), Uwe Wittwer (1998), Christiane Lovay et Marie-Thérèse Vacossin (1999), Catherine Bolle, Jean-René Moeschler et Wainer Vaccari (2001).

Le monde de l'art ne s'arrête pas aux expositions. Des donateurs généreux peuvent agir en dehors de ces activités tout comme des contacts privilégiés avec des artistes ou des familles lors de successions peuvent également avoir leur conséquences positives. Ces contacts on concerné Jean Bloé Niestlé (1991), Martin Disler (1995), Lermite (1996), Sebastian Muniz (1997), Christian Floquet, Olivier Mosset, Jeanne Lombard et Armande Oswald (2000), Flavio Micheli et Claudio Moser (2001).

Dans plusieurs cas, les premières acquisitions ont débouché sur la constitution de groupes d'œuvres importants. L'exemple le plus évident est la série d'œuvres de Gianfredo Camesi. Les premières acquisitions ont eu lieu en 1994, lors de sa grande exposition au MAHN, et se sont poursuivies de manière régulière depuis.

En 2001, un très important ensemble d'œuvres recouvrant la période artistique de 1950 à 2000 est arrivé dans notre collection sous la dénomination Donation Francis Samuel Jeunet. Plusieurs grands formats figurent dans cette collection. Ces œuvres seront présentées à notre public pour la première fois en octobre 2003, lors de l'exposition consacrée à cette généreuse donation.

" Régionalisme et ouverture ", telle était dès sa création en 1816 la devise de notre collection de peinture, et telle est ma conception depuis mon arrivée à Neuchâtel en 1990. J'ajouterai que " région " s'entend aujourd'hui de manière large et " l'ouverture " aux autres se pratique de manière constante…

Je conclus en remerciant tous les artistes créateurs des œuvres présentées ici ainsi que les donateurs suivants qui ont offert une ou plusieurs œuvres :
- Le Fonds Maximilien de Meuron, par ses présidents successifs MM. Pierre Uhler et Luc Meylan, d'année en année
- Le Legs Colette Niestlé, Berlin
- Les Descendants d'Emile et d'Alfred Lombard
- Gilbert Brownstone, Paris
- ARTHIS, Association des amis du Musée
- Le Canton de Neuchâtel par les Affaires culturelles
- Le Musée d'ethnographie de Neuchâtel
- La Ville de Neuchâtel
- Les descendants de Philippe Grosbéty
- Les artistes Catherine Bolle, Ueli Berger, Primula Bosshard, Gianfredo Camesi, Joël Desbouiges, Martin Disler, Christianne Dubois, Barbara Ellmerer, André Evrard, René Fendt, Maurice Frey, Jean-Michel Jaquet, Marc Jurt, Cesare Lucchini, Grégoire Müller, Sebastian Muniz , Armande Oswald, Henri Presset, Hanns Schimansky, Francine Simonin, André Siron et Uwe Wittwer qui ont accompagné nos acquisitions d'un don de leur part.

Soient également remerciées toutes les personnes qui m'ont conseillé dans mes choix, tout au long de ces douze ans : les artistes (René Fendt en particulier), les collègues de musées, galeristes, collectionneurs, collaboratrices, collaborateurs et autres amateurs d'art. Travaillant sans commission d'achat - donc sans filet - j'ai eu recours, à chaque fois que je sentais une hésitation en moi, aux conseils éclairés de ces amis. Je remercie ensuite toutes celles et tous ceux qui on contribué à la réussite de cette exposition et de ce catalogue, notamment les assistantes-conservatrices de mon département, Nicole Quellet-Soguel et Lucie Girardin-Cestone, l'administratrice du musée, Renée Knecht, les restaurateurs Alain Fretz et Monika Lüthi et la photographe Anne de Tribolet, auteure de quasi toutes les prises de vue de cet ouvrage. Merci finalement au talentueux graphiste du catalogue, François Cordey.

Je dédie cette exposition à René Fendt, parti trop tôt.


Walter Tschopp
Conservateur des arts plastiques