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Communiqué de presse du département historique sous forme de fichier *.doc Musée d'art et d'histoire Communiqué de presse du département historique Quelle mémoire pour quelle histoire? L'histoire est indissociable de l'écriture. Ne dit-on pas d'une civilisation qu'elle est proto-historique lorsqu'elle est mentionnée dans les textes des autres et qu'elle devient historique au moment où elle s'exprime elle-même par écrit sur sa propre existence? Les historiens sont donc essentiellement des hommes de l'écrit eux aussi et ceux qui travaillent dans ce musée (Jean-Pierre Jelmini, Olivier Girardbille et Vincent Callet-Molin) ont voulu saisir l'occasion que leur offrait l'ambitieuse entreprise de La Grande Illusion pour partager avec leurs visiteurs quelque questions qu'ils se posent sur leur métier et les multiples manières de l'exercer. A cet effet, ils ont élaboré cette salle, qui se veut une sorte de métaphore de l'histoire telle qu'on la pratique généralement sous nos latitudes. Confortablement installé au cur d'une sorte de donjon documentaire dont les solides murailles sont constituées par un échantillonnage de 1848 (!) boîtes d'archives classiques, toutes symboliquement vides pour mieux exprimer leur insondable contenance et toutes porteuses d'un intitulé authentique et unique, l'historien se questionne sur son passé et sur celui du monde dans lequel il vit. Mais, avant de se mettre au travail, il se remémore les grandes leçons fugaces de ses prédécesseurs, cherchant celle(s) qui lui parle(nt) le mieux, tournant momentanément le dos aux unes pour apprécier les autres, puis revenant à ses premières inclinations. Il s'agit pour lui (et pour son invité, le visiteur) de résoudre une énigme: comment se fait-il que la mémoire unique que constituent les mêmes données archivistiques de base puisse conduire à tant de lectures différentes? Toutes produites pourtant par des historiens professionnels et scrupuleux, appliquant de strictes méthodes scientifiques et recourant à l'envi à la riche et traditionnelle panoplie des sciences dites "annexes" de l'histoire? Serait-ce que l'histoire, cet édifice en apparence solidement établi sur le roc du connu, n'est pas une science exacte, mais le vocabulaire, la grammaire et la syntaxe d'une langue spécifique que l'historien met en forme avec art, au gré de son inspiration et/ou de ses convictions du moment? Se pourrait-il dès lors que le visiteur sorte de cette salle en pensant que le patient cheminement de l'historien - oscillant sans cesse entre les certitudes de la science et les doutes de l'art - soit à la fois une des démarches savantes les plus délicates dans sa quête illusoire de reconstituer un passé totalement vrai et un des engagements intellectuels les plus passionnants de l'aventure humaine au cur de laquelle il évolue en permanence?
Jean-Pierre Jelmini |