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Grégoire
Müller Exposition
ouverte au public du 18 novembre 2001 au 17 février 2002 ___________________________________________________________________ Mettre en image notre société daujourdhui par les moyens de la peinture, tel est le défi que Grégoire Müller se pose depuis un quart de siècle. Il le fait sous un angle politique et humaniste, abordant lhistoire de manière subjective. Cette exposition représente quinze ans de travail réalisé par lartiste depuis son retour en Suisse. Lexposition souvre sur des paysages dévastés, contaminés par une marée noire ou des déchets toxiques, et demblée nous percevons la méthode dialectique de lartiste : quelle étrange beauté émane de « Toxic Drums », comme si la distance esthétique permettait de « voir » le mal... ! La présentation se termine neuf salles plus loin, sur des catastrophes dune autre nature, les scènes de guerre. Là, les corps calcinés de soldats passés aux lance-flammes dans « Chechnya » nous révulsent alors que les autres images de cette salle, non moins cruelles, évoquent de nouveau cette étrange poésie de la mort : que ce soit les corps prostrés de Kurdes tués par des bombes chimiques au nord de lIrak (« Halabja ») ou encore le feu dartifice dans cette peinture prémonitoire réalisée lété passé sous le titre « Urban Disaster » représentant limmense explosion dun attentat perpétré en pleine ville de New York... Entre deux, dautres aspects de notre société nous sont présentés, à commencer par une immense galerie de portraits. 72 têtes, des portraits imaginaires pour la plupart, densifiant en eux des identités plutôt que des individus, se présentent en une véritable foule dans laquelle nous étudierons à loisir les rapports de chaque tête avec celles qui lentourent... Suivent dans les trois salles nord les natures mortes, belles et sensuelles pour certaines (« Red Cocks »), mordantes ou cruelles pour dautres (« Dead Rabbit »). Nous avons retenu un nombre important doeuvres de cette catégorie pour mettre en évidence à quel point Grégoire Müller sait charger de significations nouvelles un genre aussi traditionnel et innocent que celui de la nature morte (« Bullit » ou « Judas »). Les scènes de genre, à limage de la grande composition « Tusks » (Défenses déléphants), montrent à leur tour la puissance évocatrice dun art qui sait reproduire avec sérénité des scènes extrêmement tristes. Donald B. Kuspit a appelé cette manière de faire « lespace cosmique du stoïque » (cf. son texte dans le livre accompagnant lexposition). Cest un art qui sarrête à des choses simples et pourtant universelles. La transformation est le thème de la salle suivante, où les portraits de Müller subissent le morphing, une technique informatique actuelle, alors quune dizaine de sculptures de lartiste semblent assister, béates, à ces métamorphoses incroyables dans un paysage sonore déconcertant. La salle des nus, finalement, démet lêtre de tous ses attributs sociaux pour mieux mettre en évidence sa fragilité : avec sensualité dans « La nuit » ou de manière insoutenable dans « Battery ». Cest peut-être la seule salle où nous rencontrons le bonheur avec « Buchra »par exemple, cette tendre présentation dune femme enceinte, comme si le bonheur nétait possible quen rapport avec lamour et la sexualité. - Après des siècles de mise à disposition du seul corps de la femme comme source dinspiration de lartiste (bonjour Monsieur Ingres), voilà enfin des nus de femmes et dhommes, à limage du grand « Promethean Nude » qui semble être en train de se lever et de se libérer de ses chaînes invisibles... Peintre denvergure de la nouvelle figuration, Grégoire Müller est très conscient de lenjeu de son art : « Je sais ce que jattends de ma peinture. Je veux ouvrir de grands espaces dans lesquels on puisse pénétrer, je veux mettre en scène la figure humaine (qui me semble définitivement être au centre de toute lhistoire de la grande peinture), je veux peindre avec des gestes larges qui impliquent tout mon corps, sans fignolage et sans tarabiscotage, quelque chose de direct, de clairement lisible, sans maniérismes et sans stylisations évidentes, quitte à accepter une certaine maladresse... ». |
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